Une des premières choses que je me suis dite c'est que personnellement je vois bien plus régulièrement les caissiers de supermarché que mon boucher de quartier. Les prix ne sont pas les mêmes et on n'a pas toujours les moyens de ses valeurs. Par contre, il ne me viendrait pas à l'esprit de rentrer dans la boucherie et de lui dire qu'il est cher.
Et d'ailleurs qu'est-ce qui est cher ? les cotisations et impôts payés en France ? les charges du local de proximité ? son savoir faire et son expérience ?
En fait toute la question est là : c'est quoi cher ? est-ce que c'est un écart entre le prix et la qualité ? dans ce cas la plupart des produits qu'on achète sont hors de prix.. est-ce que ça veut dire que ce n'est pas dans mes moyens ? mais dans ce cas comment valoriser et rémunérer les charges et le savoir-faire qui ont demandé la création de cet article ?
En fait, je pense que la réponse n'existe pas. Quand j'ai fait mes études en travail social on m'a expliqué que l'urgence (or vitale) n'existait pas. C'est un concept que j'ai eu beaucoup de mal à assimiler mais effectivement en échangeant avec mes collègues travailleurs sociaux je me suis rendue compte que ce qui relevait de l'urgence pour l'un ne l'était pas pour l'autre et inversement. Surtout dans le social ou tout serait urgent tout le temps.
Il n'est pas question ici de faire de comparaison entre ces 2 métiers mais juste sur le fait que ce qui est vrai pour l'un ne l'est pas pour l'autre et personne n'a tort (ou raison d'ailleurs).
Mais pour moi c'est vrai que ce que m'évoque cette remarque c'est à quel point le monde dans lequel on évolue a détruit notre façon d'appréhender le travail, l'effort, le savoir faire des autres.. mais aussi tout simplement ce que veut dire participer à la société en payant ses impôts et cotisations dans le pays, en prenant un local de proximité et j'en passe...
L'erreur je crois c'est de comparer des entités qui vivent côte à côte dans le même monde mais qui ne joue pas la même partie. D'un côté on aura la rapidité, la disponibilité immédiate et les prix bas, de l'autre la qualité, le conseil et des moments partagés à côté de chez soi. Bien sûr en tant que commerçante indépendante, je me place d'un côté de cette "barrière" en tant que personne je navigue comme tout le monde entre les deux. Le tout est de ne pas faire comme si on ne savait pas dans quel monde on vit, et assumer ses choix qui parfois pencheront d'un côté ou de l'autre. Dans tous les cas ce sont toujours ceux qui essaient de proposer un autre fonctionnement qui sont ramenés à ces comparaisons. Et si tout simplement on prenait conscience que chaque offre est différente et qu'en fonction de ce qu'on cherche on ira vers l'un plutôt que vers l'autre.
J'espère que ma réflexion nourrira la vôtre, c'est un sujet infini mais dans mon métier il est au coeur de tout ce que je choisis de faire. Parce que je cherche avant tout à donner du sens à ce que je propose.